Expositions

Boul Rostan, nom de code « Le Bon à Rien »

Répondant à l’invitation de la ville d’Hossegor qui lui a laissé carte blanche pour investir le Sporting-Casino, Boul Rostan a réalisé des œuvres in situ dont une installation. Il expose du 21 décembre au 12 janvier 2020 de 13h à 19h (fermé le 25 décembre).
Un artiste contemporain qui vaut le détour. Entrée LIBRE…comme lui.

Il n’a rien du poète maudit et encore moins de l’artiste névropathe. Il n’a rien non plus du « Bon à Rien » dont il signe ses toiles. Boul Rostan c’est plutôt un OVNI Vietnamo-Auvergno-Hossegorien qui vous veut du bien. Une sorte de nomade de l’art contemporain.
Musicien un jour, photographe le lendemain, dessinateur toujours, Boul utilise le médium dont il a besoin au gré de ses envies. Passez le voir dans son atelier et il vous emmène découvrir ses paysages, ses dessins, sa musique ou ses photos selon l’humeur, comme ça, pour le plaisir de vivre et de partager, en toute simplicité…
Si sa parole se fait rare, en revanche, il ne peut pas faire taire cette expression artistique spontanée et multiple… Depuis son enfance, sans bien savoir pourquoi, elle le porte en toute liberté. A la croisée de l’intime et du culturel, elle dit son rapport au monde. Résultat ? Des œuvres vivantes, poétiques, naïves, radicales parfois et extrêmement diverses qui lèvent un peu le voile sur l’individu, un brin « surréaliste » !

Liberté, j’écris ton nom

Son art, il ne veut pas l’analyser. A quoi bon ce blabla inutile… Son manifeste pourrait être celui de Breton « la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée ». Il se sent proche des surréalistes : « C’est de là que tout est parti au final non ? » Il pense aussi que ce qu’il fait, tout un chacun peut y parvenir. Il suffit de le vouloir…
Pas si simple. Car « Le Bon à Rien » aussi foutraque à ses yeux que brillant aux nôtres cache bien son jeu. Son histoire s’est construite du Vietnam à Clermont-Ferrant en passant par Cergy-Pontoise, la Côte d’Ivoire et Toulouse… Il la raconte par bribes, avec pudeur… Difficile de parler de lui, de son enfance, de cette maison qu’il n’a jamais eu dans sa jeunesse. Celle où l’on s’installe pour longtemps en famille et dont on garde des souvenirs indélébiles… Celle que l’on retrouve sans doute dans son œuvre, déclinée à l’infini, hypnothique, qui vous imprime la rétine en un seul regard.
Il la dessine entourée de pins, d’océan, de nature, du lac : ses sujets de prédilection à Hossegor. Il la dessine en noir et blanc, positif /négatif de la photographie et a choisi d’y consacrer toute son exposition.

« Je ne vie pas de la musique, mais je vie pour ça »

Tout a commencé pourtant par la musique avec ses frères aînés. Il apprend la basse, la batterie, la guitare et compose très vite, nourri de diverses influences comme Joy division ou Velvet underground… Curieux de tout, il joue dans des groupes jusqu’à ne plus pouvoir se passer de la scène. Un moment suspendu, « hors du réel » qu’il partage avec le groupe « Pictures » puis la journaliste Tania Young dans leur groupe « Peau de bête » durant trois ans ou avec ses copains du groupe « Trikini » (maillot trois pièces). Il accompagne aujourd’hui encore le chanteur Clément Froissard, partout en France dans des festivals de pop électro.

L’art dans la peau

En parallèle de la musique, il dessine, fait de la photo pour le plaisir et travaille comme restaurateur « si t’es Vietnamien tu fais forcément une fois dans ta vie de la restauration ! Passage obligé ! » s’amuse-t-il. C’est à cette période qu’il fera son premier tatouage avec un copain avant son départ aux Etats-Unis. Pour sceller leur amitié, ils se font tatouer un couteau… de travail ! Boul se met à réaliser des motifs drôles ou percutants qu’il tatoue lui-même sur ses bras racontant un peu de son histoire : la guerre du Vietnam et sa réunification, le visage de ses parents, une valise qui ne s’ouvre jamais, apparaît aussi la petite maison aux côtés d’images plus légères et tout aussi décalées comme la tête de ce gros gorille qui orne son avant-bras.

D’encre et de papier

Entrent alors dans son univers artistique, les ponts bâtis du Moyen Âge, époque dont il aime l’histoire. Il les étudie, les reproduit, les interprètre… Sur le pont vient bientôt s’ancrer la maison. Ne reste très vite plus que l’arche, les pans de toit avec deux ouvertures et l’ombre oblique reproduite à l’identique pour toutes les maisons tandis que celles des pins virevoltent autour du tronc libre comme l’air.
Boul Rostan travaille la finesse du trait au pinceau parfois au stylo, à l’encre ultra-noire sur du papier dessin. Il aime le contraste de cette couleur profonde déposée sur un blanc éclatant et avoue, dans une dernière pirouette, être daltonien.
Grands ou petits formats à l’encre ou à l’acrylique, ces tableaux sont des représentations de l’espace à plat, dans l’esprit des cartes du Moyen Âge. Un appel à l’émerveillement.

Il a exposé à Hossegor, à Capbreton, à Dax, souvent en groupe par peur d’être au centre des attentions. A la fois discret, talentueux et déjanté, Boul Rostan a accepté notre invitation et après 4 mois de résidence nous livre enfin un peu de lui…